La Place Saint André...manque de lumière...

A Grenoble, il n'existe pas de place centrale mais de très nombreuses placettes.

C'est pourquoi, en 2005, la municipalité a entamé un plan général de requalification de ces espaces urbains, pour un montant de 60 millions d'euros. Ce n'est pas un hasard si la première à bénéficier de cette cure de jouvence, qui l'a dotée de sols en granit bleu, a été la place Saint-André. Certes, celle-ci figure parmi les plus belles mais c'est surtout la plus emblématique.

Elle abrite aussi le plus beau monument de la ville : l'ancien siège du parlement du Dauphiné durant l'Ancien Régime. Un édifice qui fut au coeur des événements les plus importants de l'histoire provinciale, depuis la construction de la principauté delphinale jusqu'à la journée des Tuiles de 1788, en passant par son engagement ligueur lors des guerres de religion ou sa résistance aux initiatives centralisatrices de la monarchie aux XVIIe et XVIIIe.

Construit par Louis XI au XVe siècle, ce Parlement recèle des éléments de la dernière période du gothique, avec une façade Renaissance. Jusqu'à son transfert en 2003 dans le quartier Europole, il abritait le palais de justice de la ville. Aujourd'hui, propriété du Conseil général de l'Isère, le monument historique est en attente d'affectation. Les projets surabondent, avec notamment l'installation de l'office de tourisme sous ses boiseries et ses marbres.

Ce qui changerait celui-ci de son actuel cube de béton de la rue de la République.

Créé en 1739 par le maître confiseur Caudet, la Table ronde est idéalement situé sur la place et en face du théâtre de Grenoble, édifié en 1767 sur l'ancien jeu de paume de Lesdiguières. Devenu le café littéraire et artistique grenoblois il vit défiler Taglioni, Sarah Bernhardt et plus récemment Brel, Fernandel, Brassens, Raymond Devos ou Léo Ferré.

Ce café inspira Choderlos de Laclos et Stendhal, qui venait en voisin du Jardin de ville à côté.

La Table ronde fut aussi le lieu d'intenses discussions quand Gambetta, Léon Blum ou Hubert Dubedout, l'ancien maire, y tenaient leurs débats politiques. Bernadotte, le futur roi de Suède, s'éprit même de l'une de ses serveuses et le docteur Marmonnier, acteur de la première transfusion sanguine, retrouvait en ce lieu le maire de Grenoble et le délégué du tsar.

C'est aussi là que se chanta pour la première fois « Le Temps des cerises » de Jean-Baptiste Clément, une romance qui fit le tour du monde, sur une musique qu'écrivit le directeur du café, André Renard.

Au centre de la place à l'italienne où ne circulent que les piétons et où règne le silence des vieilles pierres, se dresse l'oeuvre du sculpteur Raggi, la statue de Pierre du Terrail, le chevalier Bayard, dont le mausolée (XVIIe siècle) est situé dans le transept nord de l'église Saint-André.

Originellement chapelle des Dauphins, cette collégiale, siège d'un chapitre de 12 chanoines jusqu'à la Révolution, fut fondée en 1228 par le dauphin Guigues-André pour affirmer le pouvoir comtal face au pouvoir épiscopal. L'emploi de la brique témoigne au XIIIe siècle de la résistance des provinces méridionales à l'art gothique venu d'Ile-de-France. Et sa flèche en tuf de caractère gothique domine la place.

Sur une des maisons, une plaque rappelle qu'ici est né, en 1882, Paul-Louis Merlin, cofondateur de Merlin Gerin, aujourd'hui marque mondialement connue d'équipements de distribution électrique. De 1920 à 1992, date de son acquisition par Schneider Electric, Merlin Gerin a vu passer le nombre de ses collaborateurs de 38 personnes à 34.000 ! Ce rappel d'une saga à la grenobloise unit le présent au passé et marque l'évolution d'une ville où - la flamboyance du Parlement dauphinois en témoigne - parlementaires et avocats tinrent longtemps seuls le haut du pavé.

Aujourd'hui, les scientifiques et les nanotechnologues ont pris le relais.

Seul point négatif ; ce manque d'éclairage en soirée, devant mettre ce haut lieu en valeur pour les Grenoblois, mais aussi pour les touristes "de passage" afin de redonner ces agoras aux piétons et construire des cheminements permettant de se promener de place en place.

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