Reflexions d'avant premier tour...

L’enjeu décisif pour le candidat de l’UMP, est de démentir ce que certains présentent comme une coutume depuis 1981, que toute majorité sortante est battue sous la tournure du « sortons les sortants ».

Cela est à additionner à une crise de confiance vis-à-vis de la capacité des grandes forces de gouvernement, qu’elles soient de gauche ou de droite, à gouverner.

La droite est en ligne de mire et M. Sarkozy tente d’éviter de devenir prisonnier d’un bilan, qui n’est que partiellement le sien, comme l’était Lionel Jospin en 2002.

Ensuite, la droite classique doit avoir la capacité de tenir les deux bouts de la chaîne.

La droite classique est, dans l’espace naturel des droites, davantage contestée par l’extrême droite que ne l’était la gauche du gouvernement par l’extrême gauche.

Cette extrême droite qui accuse aujourd’hui 25 années d’existence et qui s’est construite et entérinée, bénéficie, d’un haut niveau dans les enquêtes, mais celle ci sont plus que jamais hypothétiques.

Ce moment précis de la campagne, démontrent que Nicolas Sarkozy tente de reconquérir une partie de l’électorat de l’extrême droite, avec naturalisme, et ce, concrètement, avec une certaine efficacité.

Il arrive a développé une capacité à contenir la dynamique du Front National et à convaincre les électeurs du FN qui jusqu’alors n’étaient convaincus que par les candidats issus de leur camp et en premier lieu par Jean-Marie Le Pen.

Il faut, cependant, savoir que cette stratégie a un coût : si M. Sarkozy récupère des électeurs d’extrême droite, il se fragilise sur son aile du centre et du centre gauche. Ce dernier est dans une stratégie de ligne droite où il envoie des signaux à cet électorat, en n’oubliant pas les figures emblématiques de la gauche qu’il droitise par la même occasion, en espérant que celui-ci se descelle durablement de Jean-Marie Le Pen et vienne vers la droite classique.

Mais ainsi, Nicolas Sarkozy se fragilise à l’autre bout de la chaîne.

Effectivement, le problème à venir pour lui, est, après avoir parlé aux électeurs du FN, de ne pas oublier qu’une élection présidentielle se gagne aussi au centre.

Pour l’extrême droite, l’enjeu est à la fois personnel, celui de Jean-Marie Le Pen, et concurrentiel, avec la droite. Jean-Marie Le Pen est un leader qui a vieilli et qui est à la tête d’un appareil qui a connu beaucoup de soubresauts, divisions, réduisant ses capacités et celles de l’appareil politique à tenir la longueur d’une campagne électorale et à incarner ce pouvoir de contestation - cette posture du pied de nez aux gens d’en haut qui a toujours fait la force de Jean-Marie Le Pen.



L’autre problème pour le FN est de savoir comment maintenir un haut niveau de sentiment de révolte qui a, jusqu’à présent, toujours servi la cause de ce parti.

Et n’y aurait-t-il pas une certaine usure de ce pouvoir de révolte ?

M. Le Pen, comme Mme Laguiller, sont dans le jeu depuis 1974.

Deux des principaux candidats de la contestation sont les candidats qui participent depuis le plus longtemps aux campagnes présidentielles ; alors comment incarner le renouveau quand on a tendance à devenir un « ancien combattant » de la contestation ?

De plus, et officiellement pour la première fois, un candidat de droite, en l’occurrence Nicolas Sarkozy, rencontre un écho important, car 40% des électeurs de Jean-Marie Le Pen de 2002, s’apprêteraient à voter Sarkozy.

Jacques Chirac en 2002 ou 1995 n’avait pas eu un tel impact.

Le FN a bien compris d’où venait le danger : ce n’est pas M. de Villiers, c’est M. Sarkozy.

M. Sarkozy enterine donc cette dynamique du FN.

Il y a là un grand enjeu pour le FN : la droite française va-t-elle récupérer une partie de l’électorat de l’extrême droite ? Ou bien est-ce un feu de paille qui n’aura pas de suite et Jean-Marie Le Pen va-t-il pouvoir garder ce noyau dense d’électeurs qui lui restent fidèles ?

Le parti socialiste à quant à lui, un principal défi ; celui d’éviter la dispersion de l’électorat comme cela a été le cas en 2002.

Ce qui est arrivé hier peut se reproduire aujourd’hui même à un niveau moins important que celui de 2002, élection lors de laquelle près d’un électeur sur deux n’avait pas voté pour le candidat du PS.

Cette dispersion est presque consubstantielle à l’électorat de gauche. Dans les enquêtes précédentes, lorsqu’on regardait l’électorat de gauche, on s’apercevait qu’il était défiant.

Tous les électorats sont soupçonneux mais celui de la gauche modérée l’est particulièrement quant aux capacités et à l’intérêt d’avoir une certaine gauche de gouvernement et la capacité de celle-ci à répondre à leurs préoccupations. Sans compter sa division sur la question européenne.

Ce sentiment est plus important au sein de la gauche classique qu’au sein de la droite classique ; et il y a là un potentiel de dispersion accru. Ainsi, la candidate socialiste essaye de jouer le rassemblement de son camp, rôle que Lionel Jospin avait été incapable de jouer en 2002, et qu’elle semble avoir du mal à concrétiser à l’orée du premier tour.

Le deuxième challenge est d’affronter la polémique de l’extrême gauche.

Le dispositif de candidatures de l’extrême gauche n’est pas stabilisé, et il est difficile d’en évaluer le potentiel. Néanmoins, le cumul des intentions de vote des candidats de l’extrême gauche (Besancenot, Laguiller, Buffet, Bové) se situe à peu près au même niveau que celui de 2002 - année record pour cette partie de la gauche.

L’électorat de cette gauche de la gauche, dans des logiques de second tour, se reportait assez bien sur le candidat du PS resté seul en lice. Mais est-ce toujours vrai ? Les enquêtes et le baromètre politique français montrent que cet électorat d’extrême gauche est de moins en moins bien intégré au système politique, de plus en plus critique vis-à-vis de la culture de gouvernement et donc de moins en moins réductible dans la « sauce socialiste de gouvernement » de second tour. Cette question est à suivre dans les jours à venir car au second tour, si la candidate socialiste veut l’emporter elle aura besoin d’une partie importante de l’électorat de cette gauche de la gauche.

D’ou la volonté calculatrice de Nicolas Sarkozy, de favoriser l’accès au signature à des candidats comme Besancenot, et non à Nicolas Dupont Aignan, susceptible de piocher dans son électorat, poussant aussi Nicolas Hulot de s’abstenir de présence à cette échéance.

De plus et pour cet électorat, il faut considérer le référendum de 2005 comme un événement important.

En effet, et comme je le disais précédemment, le référendum a laissé des stigmates et a donné malgré tous par son résultat, des vocations légitimes et conquérantes à cet électorat.

Il n’est pas évident que cet électorat d’extrême gauche se dissolve aussi aisément dans une culture de gouvernement socialiste de second tour du moins aussi aisément qu’il avait pu le faire dans le passé.

Le grand défi pour l’extrême gauche est la question du pouvoir d’incarnation.

Cette mouvance s’est développée en 2002 et ne cesse de hanter les urnes, notamment, avec le référendum de 2005.

Elle a su mobiliser la rue avec ses différentes manifestations et autres protestations qui ont pu émailler la vie politique et sociale en France.

Le problème est que nous sommes là dans une élection présidentielle, que c’est une histoire de femme ou d’homme. Les électeurs, même d’extrême gauche, ont ce besoin d’incarnation.

Cette extrême gauche est unie dans la division, mais elle éprouve des difficultés à passer à un pouvoir d’incarnation qui seul pourrait lui donner une dynamique plus importante et permettrait de lui donner le pouvoir de blocage que l’extrême droite a eu vis-à-vis de la droite pendant des années.

Les propositions de l’extrême gauche ne constituent pas un problème car elle ne sera pas physiquement présente au second tour. Le programme est annexe et ne représenta pas un véritable enjeu. Ce sont des formes de protestations, des forces qui s’inscrivent dans une politisation négative, mais il faut que cette négativité politique trouve à s’incarner.

Depuis 2002, le PS a choisi la politique de l'autruche, en pensant qu'une fois le parti réuni, la victoire serait mathématique, et on est loin de cette alliance parfaite que l’on trouvait au temps jadis, dans cette frange toute culturelle dans laquelle se rangeaient tous les leaders de la gauche classique. Les mutations électorales successives troublent cet ordre pré-établi et redonnent un peu de semblant à des institutions et des pratiques politiques fatiguées. Avec Le Pen en 2002, le danger était grand.

La peur de l'extrême-droite, et surtout la vision que la communauté internationale pouvaient avoir dans cette monté de cette frange et le retour des vieux démons menaçait.

Avec Bayrou en 2007, c'est autre chose.

Nous pourrions espérer assister à une véritable révolution tranquille.

Une recomposition du paysage politique français, serais, indubitablement, au rendez-vous.

Avec un pôle de transformation sociale qui réunirait un certain électorat antilibéral, communiste, vert, socialiste et gaulliste sociale, et qui retrouverait un fort ancrage populaire et un pôle social-démocrate qui rassemblerait les suffrages des classes moyennes progressistes.

Ces deux pôles pourraient se compter à l'échelle du pays, retrouver ainsi une légitimité politique basée sur le vote réel des Français et, dans le cadre d'un éventuel accord de gouvernement, proposer une majorité politique crédible qui mettrait en œuvre un programme de gouvernement.

La démocratie et le contrat, le lien entre une majorité élue et les Français pendant le temps d'un mandat.

Et d'ailleur, regardons les préoccupations des Français à la loupe..

La principale : la question de l’emploi et du chômage.

Cette question ne clive pas de manière complètement bipolaire la gauche et la droite. De toute façon, les Français, qu’ils soient de gauche ou de droite, ont un scepticisme énorme quant à la capacité de la gauche et de la droite de gouvernement à apporter une réponse crédible sur ce sujet.

On observe - et c’est une nouveauté - une montée des enjeux à dimension sociale : lutte contre les inégalités, avenir de la protection sociale, etc. Ces enjeux préoccupent beaucoup les électeurs, particulièrement à gauche, mais aussi la droite, à travers la présence et le discours de François Bayrou.

Sur ces sujets, une crédibilité presque naturelle de la gauche est considérée comme plus importante que celle de la droite, malgré les faits. Ensuite, il semble que certains enjeux sont en embuscade.

Ce sont des enjeux qu’il va falloir articuler davantage dans le débat politique mais qui préoccupent les électeurs, et il en existe deux principaux.

Le premier est trans-gauche-droite, même s’il intéresse un peu plus la gauche : l’avenir du système d’éducation et de recherche.

Beaucoup de Français se sont fait à l’idée du chômage de masse pour leur génération mais ils considèrent qu’il faut que cela change pour la génération de leurs enfants.

Et là, le système d’enseignement et de recherche est dans la ligne de mire.

Les Français attendent, de la part des candidats, des réponses crédibles sur la capacité du système d’enseignement à former suffisamment bien les jeunes pour que ces derniers soient moins victimes du chômage de masse que ne l’a été la génération précédente.

Ce sujet est d’ailleurs articulé politiquement, car ce thème marque des points dans l’électorat.

La deuxième thèmatique est lié assez spécifiquement à l’électorat de droite : le problème de la dette publique et de l’endettement de la France. Cela pose, comme pour l’éducation, le problème intergénérationnel. Les Français se questionnent sur le fait de savoir s’il est raisonnable de laisser une telle dette publique - et peut-être même dans certains cas de l’accentuer - à nos enfants.

Dans cette philosophie propre à Saint Exupéry, « la terre n'est pas un don de nos parents, ce sont nos enfants qui nous la prêtent », nous rejoignons aussi ces préoccupations écologiques, catalysé par Nicolas Hulot, et qui échappe complètement maintenant à la frange écologiste classique…

Le dernier point concerne les enjeux qui montent, et qui piège par la peur un réflexe électoral.

La grande nouveauté par rapport à 2002, c’est que les enjeux qui avaient fait alors irruption dans la campagne - l’insécurité et à moindre égard l’immigration - semblaient relativement relégués, depuis quelques mois, au troisième plan par les enjeux sociaux.

L’immigration et l’insécurité ont eu cette remonté sensiblement sur l’ensemble de l’électorat et tout particulièrement dans l’électorat de droite.

On voit alors comment ces enjeux sont sensibles à des phénomènes de conjoncture, comme nous l’avions constaté de manière forte en 2002. Les agressions contre les forces de l’ordre, les incendies de bus, ont contribué au retour de ces thématiques.

Ces enjeux, contrairement aux enjeux à thématiques sociales, servent principalement la droite car la majorité de l’électorat considère que la droite est plus crédible sur ces thématiques que la gauche, d’ou cette droitisation de la campagne tout azimute, orchestré par Nicolas Sarkozy et son orchestre médiatique, ayant également bénéficié et investit la candidate socialiste, plus par son profil répondant à cette droitisation, que par sa facultés de défendre et d’engendrer un programme.

Mais nous ne pouvons rassembler un pays et ses concitoyens autour de peurs ou de suspicions à l’égard des autres en engendrant des effets réflexes archaïques, protectionnistes et électoralistes.

C’est pour cela que je voterais François Bayrou, sans aucuns remords.

Je suis prêt à cette aventure dans cette recomposition vitale et totale, que nécessite notre paysage politique français.

Commentaires

1. Le mercredi 18 avril 2007, à 16 h 13 par Dominique

Salut Stéphane,
jusqu'à samedi inclus, j'ai créé sur mon blog perso des mariages politiques qui auraient pu (dû ??) exister lors de ces présidentielles.
A voir sur Les Mots d'Icy, publication tous les matins à 0h00.
A bientôt.

Dominique

2. Le mercredi 18 avril 2007, à 16 h 16 par Hebe

Eh bien moi, je voterai Le Pen, sans état d'âme, le seul qui ne soit pas un cheval de retour du système, le seul qui parle d'amour et de liberté, le seul qui se soit donn'ecorps et âme à la patrie, face à une hostilité de mauvaise foi qui ne s'est jamais démentie tout au long de sa carrière. Son programme est solide, son discours franc et courageux, son esprit brillant. Il est le seul qui défende la France en temps qu'État et Nation, le seul qui ne remette pas en cause le choix définitif des français face à la constitution européenne, le dernier espoir de notre indépendance et de notre Liberté Chérie.

3. Le mercredi 18 avril 2007, à 16 h 46 par Pascale

Comment va faire Bayrou pour gouverner s'il est élu ? Il a aura comme tout président, une assemblée qui sera elle bien de droite ou bien de gauche... A moins qu'aux législatives, l'UDF ait la majorité ? Douce utopie pour les centristes !
Il ne faut peut-être pas oublier non plus que l'UDF vote depuis 12 ans toutes les lois proposés par l'UMP (sauf une abstention si ma mémoire est bonne). J'ai du mal à croire au changement si radical de M. Bayrou. Je pense surtout qu'il est très opportuniste en cette période où les électeurs ont bien du mal à choisir.

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