La réforme des retraites est inéluctable !

La retraite était autrefois l'antichambre de la mort. On arrêtait de travailler à soixante-cinq ans, pour mourir à soixante-dix. Elle est devenue aujourd'hui une deuxième vie, celle qui venge de la dureté du travail et de la peur de ne pas en avoir.

L'erreur qui est souvent faite est de se représenter le problème comme un conflit entre générations alors qu'il est bien davantage un problème partagé.

La France doit certes affronter une rupture démographique sans précédent, mais cette rupture marque un nouveau plateau... pas une tendance nouvelle.

Dans cent ans comme dans cinquante, les termes du choix seront les mêmes.

Quelle part de la richesse revient aux actifs et quelle part revient aux retraités, dans un monde où il y aura autant des uns que des autres ?

Dire que c'est demain et non aujourd'hui que le choix se posera n'est pas une bonne réponse, car demain sera l'aujourd'hui des nouveaux cotisants et le choix que l'on prend se fait en leur nom.

Pour que le débat ait véritablement lieu, il est essentiel de démasquer les faux raisonnements.

Que ce soit celui qui consiste à dire que les entreprises ne pourraient pas faire face à une hausse des cotisations ou que ce soit celui qui consiste à dire que les entreprises peuvent payer.

Pourquoi, si le débat est en apparence si simple, le dossier des retraites est-il explosif ?

Il y a deux premières raisons, qui tiennent aux dérives habituelles de la droite d'un côté, de la gauche de l'autre.

La première dérive est celle qui veut faire croire que le choix est fondamentalement un choix personnel : il faut laisser à chacun le soin d'"internaliser", comme disent les économistes, les contraintes financières en arbitrant soi-même, par l'épargne, entre revenu courant et revenu différé.

La retraite par capitalisation, quels que soient ses enjeux macroéconomiques, correspond à ce versant du raisonnement.

L'autre dérive vient de ceux qui réclament un choix collectif, mais nient ses tenants budgétaires en arguant qu'il suffit de prendre "l'argent où il est" pour financer ce qui doit l'être.

Or la plupart des gens raisonnables s'entendent pour reconnaître que les retraites relèvent, pour l'essentiel, à la fois d'un choix collectif et d'un arbitrage financier.

Cela tient à deux nouvelles erreurs, l'une de tactique politique, l'autre de fond, qui viennent toutes deux d'une mauvaise compréhension des enjeux et des effets de la réforme Balladur de 1993.

En ne réformant que le privé, la réforme Balladur laissait un formidable chantier, la réforme du secteur public.

La question des régimes spéciaux n’a donc pas été réglée en 2003.

La réforme des retraites comportait cette priorité : aligner la durée de cotisation du public sur celle du privé.

La réforme doit être fondé sur des notions de solidarité et d’égalité, d’équité et de justice, et mener cette évolution en telle sorte qu’elle profite à tous.

Une refonte universelle doit englober tous les régimes, y compris les régimes spéciaux.

Elle doit être souple, ouvrant la voie à une retraite à la carte, par « points ».

Les annuités sont en vigueur dans la plupart des régimes de retraite de base : régimes spéciaux, fonctionnaires, salariés du privé, professions libérales, etc…

C'est en fonction des annuités validées que chacun peut calculer, tant bien que mal, son droit à la retraite.

Complexe et confus, ce mécanisme est incontestablement l'une des causes de l'archaïsme et de l'opacité du système de retraite français,.

C'est un frein à toutes les réformes qui, aujourd'hui, sont devenues indispensables.

La plupart des pays qui y avaient recours, comme l'Allemagne, l'ont abandonné.

Le système par points, au contraire, est synonyme de souplesse et de beaucoup plus de liberté pour les affiliés. Il est en vigueur, notamment, dans les régimes complémentaires des salariés du privé AGIRC ARCCO.

Sa généralisation pourrait permettre, à terme, de libéraliser le cumul emploi retraite, de laisser le choix individuel de l'âge de départ à la retraite et d'avoir une gestion beaucoup plus saine et équitable de l'assurance vieillesse.

Dans ce système de retraite par points, où le montant augmente avec le temps de cotisation, les salariés conserveront le droit de partir à la retraite à 55 ans, mais leur retraite sera plus importante s’ils partent plus tard.

Cette retraite à la carte aura pour principe le droit pour chacun de définir son temps de travail et son niveau de retraite.

Dès lors que cette réforme aura été adoptée, les acquis des régimes spéciaux seront individualisés : chaque agent pourra choisir lui-même l’âge de son départ à la retraite.

Cette retraite par points créera de vrais droits, prendra en compte la pénibilité et permettra ou le rachat d'années sans décote ou leur abondement par l'Etat.

Ce système de retraites doit être gérée en pleine responsabilité par les partenaires sociaux.

La justice, l’équité, encore une fois, est la clé de voûte de cette réforme, car elle prend en compte les engagements pris au moment de la signature du contrat de travail à l'égard des salariés.

La question des "petites" retraites est aussi importante : aujourd’hui, un retraité seul ne peut pas s’en sortir, cela relève de la non-assistance à personne en danger ! Il faut aussi et dans ce même délai, un plan pour les petites retraites.

Mais comment arbitrer ?

Une méthode simple et démocratique, est de demander directement aux Français ce qu'ils en pensent par référendum, donnant par ailleurs l'avantage inestimable de donner de la crédibilité à la décision retenue.

Le débat parlementaire permettrait de fixer les deux termes de l'alternative.

On pourrait ainsi offrir à l'opposition de définir l'un des termes, et à la majorité de définir l'autre, sous la tutelle du Conseil d'orientation des retraites, qui validerait la cohérence technique des scénarios retenus.

La concurrence pour gagner le référendum obligerait chacun à vouloir se rapprocher du point favori d'une majorité de Français. On aurait, par exemple, une question formulée ainsi : voulez-vous quarante ans de cotisations avec tel niveau de retraites et tel niveau de cotisations, ou quarante-deux ans avec tels autres paramètres ?

Une fois repoussées les tentations démagogiques, il n'y aurait aucune raison de refuser ce choix aux Français.

Commentaires

1. Le mercredi 14 novembre 2007, à 01 h 42 par Hugo Chavez

Lisons un extrait de l'Appel des Résistants

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Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités économiques », droit à la culture et à l’éducation pour tous, une presse délivrée de l’argent et de la corruption, des lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ?
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Texte intégral ici :

http://www.acrimed.org/article2323....

La production des richesses a augmenté, mais ces richesses rémunèrent aujourd'hui davantage le capital que ceux qui ont travaillé pour les produire.

L'argent ne manque pas pour financer les retraites, il est juste mal réparti.

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