Sécurisation des lycées : j'étais ce matin en visite au lycée Pierre-Beghin...

Je me suis rendu ce matin, au Lycée Pierre Béghin de Moirans, afin de rencontrer son proviseur Monsieur Jean-Christophe Ployon et d'échanger avec lui sur le projet de la Région de faire de ce lycée, un exemple en matière de sécurité...

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Selon les déclarations de Laurent Wauquiez, la rentrée des vacances de Pâques verra le millier d'élèves du lycée Pierre-Beghin à Moirans (Isère) se badger pour pénétrer au sein de l'établissement et passer par un portique.

Le choix de Moirans atteste de la flagrante méconnaissance du terrain de la part de Laurent Wauquiez. Où plutôt, parce que le nom de la commune de Moirans a résonné dans l’actualité après les dégradations de membres de la communauté des gens du voyage, Laurent Wauquiez s'y est précipité opportunément afin d'affirmer « sa pseudo autorité », pour faire volte-face à celle réelle, affirmée par l'état et son premier ministre.

D'autant que le projet d’établissement 2013-2017, dit qu'il y règne un «climat serein, agréable, apprécié de tous, élèves comme adultes», où «il y a très peu de dégradations».

De nombreux doutes persistent sur la mise en place et sur l'efficacité de telles mesures.

Si l'on part d'un lycée type d'à peu près 1000 élèves et qu'on arrive à faire passer chaque élève en l'espace de 3 secondes – ce qui est très rapide et ce qui veut évidemment dire que tous les élèves acceptent d'ouvrir leur sac et ne rechignent pas... – il faut 73 minutes pour faire passer tout le monde. Comment les élèves vont réussir à arriver à l'heure en cours ?

Autre problème de réalisation, la nécessité d'avoir du personnel spécifiquement assigné à cette tâche, et aussi les attroupements qui se créeront devant les lycées.

Selon le nouveau président du conseil régional, l'installation pourrait également permettre de lutter contre le trafic de drogue dans les lycées, mais jusqu'à présent, les portiques de sécurité n'ont encore jamais détecté du cannabis dans les poches des élèves, et pour fouiller, il faut l'assentiment de l'élève. Quand on a une suspicion de possession de cannabis, on est obligé d'appeler la police ou les gendarmes. Il faut un officier de police judiciaire pour pouvoir fouiller un élève. On le sait, le cannabis est consommé dans les lycées, mais si vous avez besoin d'un officier de police judiciaire à demeure tous les matins pour procéder aux fouilles parce que des élèves refusent d'ouvrir leur sac, on obtiendra rapidement l'effet inverse de ce qui est recherché.

Dans mes échanges avec le proviseur, il me rappelle qu'il a été demandé depuis plusieurs années, la mise en œuvre d'équipements destinés à assurer un meilleur contrôle des entrées et sorties d'élèves et de visiteurs, à savoir la remise à niveau des clôtures et portails existants avec commande à distance et visiophonie, ainsi que la mise en fonction d'au minimum quatre points de contrôle vidéo des accès et parking depuis la loge d'accueil. Des choses très concrètes, qui pourraient être bien plus utiles, et pour lesquelles il n'y a toujours pas de réponse.

Il est à noter que les alentours de l’établissement, vont très rapidement subir des modifications avec les travaux de la gare de Moirans qui sera prochainement réaménagée en pôle d'échanges multimodal, avec la construction d'un parking à silo, et d'un hypermarché, drainant très rapidement un flux de population bien plus important, qui impactera la vie du lycée Pierre Beghin.

Ce coût est estimé à 100.000 euros, mais ne concerne que les travaux préalables demandés depuis ces nombreuses années.

Lors d'une réunion technique regroupant les services de la Région, les représentants de l'établissement, les représentants de la mairie, les services de gendarmerie et l'équipe mobile de sécurité, le principe de portiques de sécurité, au sens détection des métaux, a été abandonné ainsi que la mise en place de tourniquets tripode, jugés inefficaces dans la configuration de l'établissement.

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En complément de cette première étape, les services de la région travaillent à un projet complémentaire de gestion d'accès par badges pour l'ensemble des usagers : accès aux locaux, accès au service restauration, prêt au CDI... et autres applications logicielles à venir.

Si des "dispositifs" devaient être choisis, l'option la plus adapté à l'établissement en terme d'accessibilité et de sécurité, reste celle du couloir rapide, dont le coût est de 25000 euros par dispositif, à savoir qu'un minimum de 6 dispositifs seraient nécessaires pour couvrir les besoins de l'établissement. Soit un coût de 150000 euros en plus des 100000 nécessaires aux travaux préalables. À cela, il faudrait ajouter 8 dispositifs blocs-portes, qui pourraient être également actionnés par badges (environ 500 euros le bloc).

Mais la question de l'utilité et de la pertinence de la mise en place de ces dispositifs de filtrage reste posée... Sans oublier celle de l’accès à la connaissance et au savoir pour tous qui, avec ce type de filtrage, exclut d'office certaines personnes en situation de handicape et notamment les PMR...

Ce qui est déjà inquiétant, c'est que le projet de tourniquets tripode, alors qu'un avis défavorable avait été émis par le comité d'établissement, reviendrait dans les options choisies par la région (certainement parce que le coût est moins important que celui du couloir rapide).

De plus, aucun système de détection de métal ne serait intégré à ce dispositif… Donc, l'objectif initial recherché, serait lui aussi caduque...

Dans l'euphorie irréfléchie et presque pathologique que l'on lui connaît, Laurent Wauquiez promet d'équiper en 2016 avec ce dispositif de sécurité inédit quinze lycées de la région, sans dévoiler la liste de ces établissements, ni le détail et les contenus de ces travaux. Le coût global de ces mesures sécuritaires dans les lycées estimés à vingt millions d'euros, pourraient très rapidement dépasser ces prévisions.

Ce 11 février, était présenté en commission permanente, un rapport de sécurisation des lycées publics.

On attendait la concrétisation de ce projet phare de la campagne de Laurent Wauquiez, qui devait, selon ses dires, marquer la rupture avec la mandature précédente. Cette délibération de pure forme ne contient aucun projet précis.

On peut dès lors s’interroger sur le contenu réel du projet de Laurent Wauquiez pour sécuriser les lycées. En effet, l’installation annoncée de portiques s’est transformée en un rapport laconique et imprécis, le plus court présenté lors de cette session, ne donnant aucune indication sur les lycées concernés, ni sur les travaux à effectuer, ni sur les échanges en cours avec les responsables d’établissement et les conseils d’administration, le tout sans impact budgétaire précis. Un tel rapport amène à s’interroger : des projets sont-ils réellement engagés ?

Les élus du groupe SDEA soutiennent l’objectif de sécurisation des lycées : de nombreuses actions ont d’ailleurs été menées en ce sens depuis 10 ans et d’autres ont été préparé l’an dernier, qui auraient pu se traduire dans les faits dans les mois à venir.

Notre groupe SDEA (Socialiste, Démocrate, Écologiste et apparentés), s’est donc abstenu sur ce rapport d’affichage, mais votera les opérations de sécurisation réelles... quand elles seront détaillées et quand elles se présenteront au vote... si elles le sont !

La sécurité et la qualité des études des lycéens méritent mieux que des effets d’annonce et des campagnes de communication, qui très/trop rapidement peuvent devenir contreproductives et générer par défiances, des problèmes dans des établissements qui n’avaient et qui n'auraient jamais connus de telles situations.

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Commentaires

1. Le dimanche 14 février 2016, à 17 h 02 par Delaballe

La question de la sécurisation des lycée pose un réel problème de ligne politique. Au delà des difficultés oragnisationnelles que ces portiques génèrent, nous devons aussi nous poser la question du but de ces mesures. Faire des lycées des prisons à étudiants? Le rôle majeur de l enseignement n est il pas aussi de permettre aux enfants et adolescents de devenir des citoyens attentifs, respectueux des règles de vie? Comment arriver à c résultat si l on est en permanence suspicieux avec les élèves? Et le rapport humain, où est-il la dedans? Investissons dans la securisation des lycée si le besoin existe, mais par de l humain, de la pédagogie et de la responsabilisation des élèves. Un flic derrière chaque personne c est de la dictature, pas de la sécurisation. Un flicage des lycéens c est faire demain des citoyens apeurés et donc peu enclin à raisonner autrement que par la peur.

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