Parce que les mamans sont la grande chance de nos quartiers - par Eve Moulinier

Elle est en tournée, en France, avec son livre “Fille de daronne et fière de l’être” et son documentaire “Nos Mères, nos daronnes”, et elle veut qu’avant 2017 et la présidentielle, un élan ­venu des banlieues dites populaires et des mamans ­ s’élève et fasse pression sur les futurs candidats, pour qu’enfin, ils s’engagent « à soigner le mal qui ronge les quartiers.»

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Bouchera Azzouz, ancienne secrétaire générale du mouvement “Ni putes ni soumises” a donc fait une halte à Grenoble, à l’invitation du militant associatif et conseiller régional (centriste) Stéphane Gemmani. Ensemble, ils ont justement rencontré des mamans qui toutes se disent militantes et qui toutes veulent agir pour aider les enfants et les jeunes des quartiers. « Eux qui, dès qu’ils sont bébés, par­tent avec une étiquette sur la tête qui va les stigmatiser toute leur vie », celle de “jeunes des cités”.

« On se bat au quotidien »

De Teisseire à Mistral en passant par Eybens ou Saint­ Martin­d’Hères, Nadia, Samira, Mounira, Fatima le disent : « Nous, les mamans, nous savons tout ce qui se passe dans nos quartiers. On sait les trafics, on sait les armes et on voit aussi parfois arriver la radicalisation. On a souvent peur pour nos enfants, mais on se bat au quotidien pour éviter qu’ils décrochent. »

Elles expliquent qu’elles essaient de trouver des astuces, comme d’organiser des cours de soutien ponctuels à Teisseire pour les élèves qui ont été exclus temporairement des collèges et des lycées. « Une exclusion scolaire de huit jours pour un jeune en rébellion, c’est comme si on lui don­ nait une récompense pour avoir mal agi, explique Samira Jamad. Alors on essaie de les récupérer, de les faire travailler pendant cette semaine là. Et ça marche puisque parfois, les notes remontent. »

Des astuces, avec les nombreuses associations dans les­ quelles elles sont impliquées, elles disent en avoir beaucoup d’autres. Mais elles disent aussi qu’elles ont souvent le sentiment de ne pas être écoutées ni aidées. Pourtant, elles sont aux premières loges pour sentir quand les tensions montent et quand les drames ne sont pas loin, et elles ont encore cette image d’autorité bienveillante dans les cités, ce qui les rend capables de faire passer des messages positifs auprès d’une jeunesse sou­ vent désœuvrée.

Voilà pourquoi Bouchera Azzouz et Stéphane Gemmani souhaitent travailler avec elles, afin qu’elles se fédèrent. L’idée d’un collectif dans l’agglomération grenobloise a donc été lancée. « Parce que les mamans sont la grande chance de nos quartiers, par­ ce qu’il ne faut pas qu’elles s’épuisent chacune de leur côté à essayer de faire bouger les choses, il faut qu’elles avancent ensemble », a expliqué le conseiller régional qui leur a proposé de les soutenir et de les pousser sur ce chemin là, comme une base arrière.

« Elles vont y arriver, car on a besoin d’elles. Elles sont les piliers de nos quartiers.»

« Jusqu’à “quand” on va laisser crever nos mômes »

Bouchera Azzouz a donc encouragé les mamans iséroises à se fédérer afin de faire entendre leur voix pour aider à améliorer la vie dans les quartiers dits populaires.

« Il faut militer »

« Cela fait quarante ans que le problème dure, cela fait quarante ans que les politiques ­ pour qui nous votons pourtant ­ pensent que nous ne sommes pas leur problème, que c’est juste le problème de l’immigration. Ils saupoudrent les aides, mais en fait, ils s’en lavent les mains. Donc je dis aux mamans qu’il est temps de se lever si on veut que les choses chan­gent, il faut pouvoir faire le jeu du politique, il faut militer. Car le militantisme, c’est la France, c’est comme ça qu’elle fonctionne, avec des revendications portées par le peuple. Il faut que les femmes se structurent pour se battre contre le décrochage scolaire, contre la délinquance, contre cette violence qui fait aujourd’hui le quotidien de tellement de cités, contre la menace de la radicalisation qui nous fait tant peur pour nos enfants. Jusqu’à “quand” on va laisser crever nos mômes ? Les politiques doivent entendre ce que les mamans des quartiers, qu’on a long­ temps cru invisibles alors que ce sont elles qui se battent au quotidien, ont à dire. Il faut écouter les solutions qu’elles proposent.

Il faut remettre les quartiers dans la République, car ils en font partie ! »

Ouvrage “Fille de daronne et fière de l’être”, par Bouchera Azzouz, éditions Plon.
Mai 2016. 212 pages. Prix : 15,90 euros

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