Grenoble l’audacieuse, ne peut se réduire à être la prime aux ambitions ronronnantes des héritiers désignés

La pauvreté est un mal qui se transmet presque systématiquement de génération en génération...

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Si certains ont en héritage familial une condition sociale qui les expose à la précarité, on peut constater un processus d’héritage similaire, bien que diamétralement opposé pour ceux qui sont « bien nés ».

Il est d’ailleurs toujours étonnant que l’on retrouve ces «premiers de cordée» à rendre compte de leurs observations, statistiques et constats, sur les plus démunis de nos concitoyens.

Ces gens-là grandissent et vivent entre eux dans un entre soi permanent. Il suffit de regarder certaines assemblées, certaines institutions, certains cercles, certains moments privilégiés : il y a très peu de représentants des ouvriers et des employés et encore moins des chômeurs… ils sont toujours entre eux, dans une forme de consanguinité sociale perpétuelle qui leur confère une impunité et une toute puissance provocantes.

C’est cette impunité de classe qui leur décerne le droit d’utiliser cette force insolente et cette autorité impudente.

Impressionnés certainement par cet aplomb, certains plus modestes, plus discrets, plus effacés, cèdent et abandonnent toutes luttes et donc tout espoirs de voir un jour leurs rêves et leurs idéaux se réaliser.

Paul Nizan dans « Les chiens de garde » disait : « La bourgeoisie travaillant pour elle seule, exploitant pour elle seule, massacrant pour elle seule, il lui est nécessaire de faire croire qu’elle travaille, qu’elle exploite, qu’elle massacre pour le bien final de l’humanité.

Elle doit faire croire qu’elle est juste. Et elle-même doit le croire… »

« Et elle-même doit le croire… »

Cette « classe » est tellement sûre d’elle, qu’elle se dissocie, qu’elle se déconnecte du peuple, et que ses mensonges, à force d’être répétés inlassablement en boucle, et relayés parfois par certains, en deviennent « la »vérité qu’ils imposent et qui leur donne cette capacité à gouverner. Ce processus de déshumanisation, de mépris de l’autre dans sa différence, leur donne le sentiment d’être forts. Il s’agit d’une instrumentalisation pour le bénéfice de leur prédation, pour le bénéfice de leurs privilèges, pour le bénéfice de leur pouvoir.

Ce fonctionnement de classe, d’une oligarchie qui s’accapare toutes les richesses et tout les pouvoirs, en vantant en boucle le bien-fondé d’un nouveau monde, me devient, jour après jour, de plus en plus insupportable.

Je suis né à Grenoble. Je suis un petit-fils d’immigrés italiens. Mes grands-parents, mes parents ont été successivement ouvriers, couturières et commerçants. J’ai grandi à Grenoble, sur les places des marchés Sainte-Claire et Saint-Bruno, mais aussi un peu dans son agglomération, entre Saint-Martin d’Hères et Seyssinet-Pariset, les premières années de ma vie. Je m’y suis construit. J’y ai connu ma femme et j’y ai élevé mes enfants. J’ai perdu des êtres chers et eu des moments de bonheurs immenses. J’ai toujours vécu dans cette ville. J’y ai été élu. J’y ai toujours travaillé. J’en connais chaque rue et presque chaque moment de son histoire. Tous ces moments sont devenus aussi un peu de mon histoire personnelle. Chaque rue, chaque place est chargée de souvenirs et de moments où le cœur de cette ville a battu en même temps que celui de ceux qui la font vivre.

C’est pourquoi j’ai toujours tenu à être un Grenoblois parmi les Grenoblois.

Parce que j’aime profondément, sincèrement cette ville et mon attachement à ses habitants est fidèle et indéfectible.

Mais aujourd’hui, l’avenir de Grenoble est pour moi un motif d’inquiétude et d’espérance.

Un motif d’inquiétude, car depuis plusieurs années, notre ville se fracture chaque jour un peu plus. Son tissu social se délite sous l’effet de politiques municipales davantage guidées par l’idéologie que par le désir d’être utiles au bien public.

Un fossé s’est creusé entre la ville et ceux qui la représentent et l’administrent.

Mais, soyons honnêtes ; ce fossé ne date pas de l’actuelle majorité qui siège à l’Hôtel de Ville.

Une forme d’aristocratie politique a remplacé la méritocratie qui a fondé l’utopie grenobloise.

Mon autre inquiétude réside aussi dans le fait que notre ville a cessé de jouer en première division. Les richesses produites à Grenoble ont cessé d’alimenter son développement social. Et je le vois jour après jour au sein de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, que ce qui a fait le succès du modèle grenoblois a cessé d’opérer.

Mais c’est aussi un motif d’espérance ; car je sens, et j’en suis intimement convaincu, que la manufacture grenobloise n’a pas fini de produire les utopies inscrites dans son ADN.

Nous avons à disposition tous les leviers pour faire de cette ville un territoire promis à des jours heureux, à la prospérité économique mise au service de l’innovation sociale et environnementale. A Grenoble, nous avons un message à porter pour défendre l’universalisme des valeurs de la République et pour dire à nos concitoyens qu’il n’y a pas de fatalité au populisme, au repli identitaire et à l’asservissement à des idéologies doctrinaires.

Et c’est ce que je m’efforce de faire depuis janvier 2016, en rassemblant des femmes et des hommes de tout horizons, quels que soient leurs histoires, leurs parcours et leurs origines.

Aujourd’hui, je suis un grenoblois parmi les grenoblois, fruit d’une ville dont l’avenir est exaltant.

Aujourd’hui, je veux faire que l’ambition des cœurs pèse plus lourd que l’ambition tout court.

Aujourd’hui, je suis disponible pour ma ville et pour servir l’audace qu’elle espère depuis si longtemps.

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